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© CG92/Willy Labre
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pour cause de finances défaillantes, les
seules fondations ayant englouti la tota-
lité du budget initialement prévu. Ils ne
reprennent qu’avec la fusion program-
mée de Saint-Nicolas avec le collège de
Passy, fondé en 1839 à Paris, et revenu de
Belgique où il s’était exilé à la suite des
lois de séparation de l’Église et de l’État.
Une fusion décidée à Rome et qui pour-
voit le chantier en ressources qui vont
permettre de le terminer.
En 1960, la fusion est réalisée, le collège
de Passy-Buzenval est né. Il rayonne dé-
sormais autour du plus vaste ensemble
cultuel desHauts-de-Seine
(3)
.
La chapelle aux maiNs joiNtes
Douze piliers (les douze apôtres) de sapin
du Jura, parés de mélèze du Nord s’élè-
vent, sedivisent et se rejoignent dans une
seule et même charpente infinie, c’est la
chapelle auxmains jointes. Construite sur
unaxenord-sudet nonest-ouest comme
le veut la règle, elle est sans apprêt. Ici pas
de transept, ni de déambulatoire, d’ar-
chitrave ou d’absidioles. Une nef unique
que le regard embrasse sans entrave. En
son centre, unmaître-autel et, de part et
d’autre, des rangées de bancs au nord et
au sud, le grand orgue à l’ouest et l’autel
du Saint-Sacrement adossé au vitrail est
où le jour se lève.
Dominique de La Rivière : «
L’architecte
et le maître verrier ont eu le souci de faire de
ce lieu un espace où toute forme, tout nom-
bre, toute couleur, toute image est symbole,
depuis la structure de l’édifice dominée par
la structure du triangle et supportée par
douze socles jusqu’aux vitraux. C’est une ca-
téchèse en lumière et en images. Mettre le
monde céleste à la portée de l’homme, et plus
spécialement ici des jeunes, voilà ce que vou-
laient les Frères. Ces vitraux évoquent par la
multitude de leurs symboles, l’esprit de l’art
des catacombes s’inscrivant dans une tradi-
tion chrétienne très vénérable. Ces codes
paléochrétiens cryptés resurgissent ainsi d’un
monde souterrain pour reprendre vie, à la vue
de tous, dans un univers contemporain,
éclairés et transfigurés par la lumière
».
La lumière encore et toujours.
« UNe chose Mystique »
«
Le vitrail, ça a l’air tout simple : lamatière,
la lumière, une chosemystique qui passe par
la fenêtre.
». EtChagall continue : «
Lama-
tière, la lumière, voilà la création ! Il faut être
humble devant la matière, soumis
». Et de
fait, c’est cettematière, des dalles de verre
taillées de façon irrégulière à la marte-
line, enchâssées dans le béton – selon
une techniquemise au point par le Bau-
haus enAllemagne entre les deux guerres
- qui confère aux vitraux du maître ver-
rier JacquesAvoinet, ce pouvoir étonnant
de transformer la lumière en message
mystique et de proposer une lecture de
ce message accessible à tous. Onze
grandes verrières triangulaires (trois cô-
tés, trois angles qui rappellent la Sainte
Trinité), dont l’iconographie est directe-
ment inspirée du Nouveau Testament,
rythment l’espace : trois consacrées au
trois temps duCredo (de laTrinité à l’In-
carnation, de la Passion du Christ à la
Résurrection et, enfin, l’Esprit Saint,
l’Église et la vie éternelle), sept aux sacre-
ments et une enfin aux deux patrons de
l’établissement, saint Nicolas et saint
Jean-Baptiste de la Salle, fondateur des
Frères des écoles chrétiennes.
En jouant dans les vitraux différemment
selon lesheuresdu jour, la lumièrecaresse
les bois de la chapelle, crée des ombres
qui seperdentdans la charpente, illumine
lemarbredugrandautel; elle suscite tour
à tour plénitude, sérénité et joie et invite
au recueillement ou à l’expression.
La «
chose mystique
» de Chagall règne,
omniprésente, dans ce vaisseau du
XX
e
siècle, magnifique témoignage de la re-
naissance de l’Église à la beauté et à son
temps.
n
(1)
La grande chapelle de Passy-Buzenval – 1955-1960
,
parDominiquedeLaRivière,éditionsNicolas-Chau-
dun, 192 pages, 32 euros. Aussi disponible au secré-
tariat du collège. Cet article doit tout à ce beau livre
éruditetpourtantaccessible,magnifiquementillus-
tré des photos de l’auteur.
(2)Finalement,ces logementsserontoccupéspar les
Frères, le nombre de classes augmenté en raison de
la fusion avec le collège de Passy et le gymnase
construitplus loin.
(3) Pouvant accueillir jusqu’à un millier de fidèles, la
GrandeChapelleesteffectivementl’édificedecultele
plus vaste du département.
« Une lumière qui témoigne
de la joie des hommes qui
l’ont élevée, de la foi qui les
animait et du Mystère qu’ils
célébraient. »
Une silhouette
imposante, toute
d’angles et d’arêtes
pointées vers le ciel.
À sAvoIR
LE MoBILIER
Œuvre des ateliers d’art liturgique
Cheret, il n’a pas bougé en cinquante
ans et illustre l’art religieux des années
PJ. Il est essentiellement liturgique.
Sans entrer dans le détail, on
remarquera particulièrement les quatre
ambons décorés des quatre figures
des évangélistes qui se caractérisent
par leur belle élégance et un magnifique
christ en croix qui domine le sanctuaire,
œuvre d’Anne-Marie Roux-Colas, un
christ jeune déjà entré dans la mort et
dont les traits reflètent une grande
douceur.
Sur l’autel du Saint-Sacrement, une
composition surprenante qui tient du
pylône, supporte la croix et le
tabernacle et, sur les murs, un chemin
de croix en laiton, illustré de silhouettes
stylisées et discrètes.
PATRIMOINE RELIGIEUX
Rueil-Malmaison
p
Voir aussi en pages 64-65