La Tour aux figures de Jean Dubuffet

Parc départemental de l’Île Saint-Germain, Département des Hauts-de-Seine

Photo : Département des Hauts-de-Seine, Jean-Luc Dolmaire, ® ADAGP

Renaissance : la Tour aux figures de Jean Dubuffet va retrouver ses couleurs d’origine.

Le Département des Hauts-de-Seine, propriétaire de cette sculpture monumentale depuis 2015, la rénove pour donner au public toute la mesure d’une œuvre remarquable par sa très grande taille et son espace intérieur, le « Gastrovolve », grotte et labyrinthe ascensionnel. Découvrez l’histoire d’un édifice marquant de l’art contemporain, inscrit aux monuments historiques en 1992 et classé en 2008, qui va ainsi renaître à l’entrée de la vallée de la culture des Hauts-de-Seine.

Patrick Devedjian
Député et Président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine


Une œuvre, un artiste

Jean Dubuffet, un artiste contestataire et avant-gardiste

Peintre et sculpteur français né en juillet 1901, Jean Dubuffet est un artiste contemporain de renommée internationale. Refusant l’art officiel, il s’intéresse aux productions de non-initiés.

Jean Dubuffet invente le terme d’Art Brut dont il sera le premier théoricien, entamant dès 1945 une collection aujourd’hui conservée à Lausanne.Il explore différentes techniques et utilise les matériaux les plus inattendus, graviers, ciment, ailes de papillons, pâtes épaisses, papiers journaux froissés…

En savoir plus : www.dubuffetfondation.com


Photo: Wolf Slawny, Fondation Dubuffet, Paris. ® ADAGP

Archives Fondation Dubuffet, Paris. Photo: Deshayes ® ADAGP

La Tour aux figures : une œuvre monumentale

L’œuvre s’insère dans le cycle de L’Hourloupe (1962-1974) la plus connue et la plus spectaculaire de l’œuvre de Jean Dubuffet. Montré lors de l’exposition « Édifices, projets et maquettes d’architecture » au musée des Arts décoratifs en 1968, ce projet est choisi quinze ans plus tard par l’artiste pour honorer la première commande publique faite par l’Etat français d’une œuvre à bâtir.

La maquette de 1967 donne naissance à une sculpture monumentale de 24 mètres de haut, installée à l’emplacement approuvé par l’artiste lui-même quelques semaines avant son décès, sur une colline du parc départemental de l’Île Saint-Germain. Jean Dubuffet décède en mai 1985, mais sa tour existe telle qu’il l’a prévue, en époxy peint au polyuréthane sur structure en béton avec la projection dans l’espace réel des figures caractéristiques du cycle de L’Hourloupe.


Le cycle de L’Hourloupe : une interprétation de la réalité

Le cycle de L’Hourloupe est un monde imaginaire inventé par Jean Dubuffet, qui trouve son origine dans des dessins au stylo bille griffonnés sur une feuille en 1962. De ces hachures et aplats rouges, bleus, blancs et noirs découpés et posés sur un fond noir naissent des peintures. En 1966, l’artiste découvre les possibilités du polystyrène expansé et travaille en relief, réalisant des sculptures peintes alors que certaines de ses maquettes et projets d’architecture, comme celle de la Tour aux figures, deviennent de véritables édifices. Il conçoit également des costumes et des décors pour son spectacle Coucou Bazar produit en 1973 à New York (Guggenheim Museum) et à Paris (Grand Palais).

Ce cycle qui s’achève en 1974 représente la partie la plus spectaculaire de son œuvre.



L’histoire de la Tour aux figures

Le choix de l’œuvre et du lieu

La Tour aux figures a été conçue sous forme de maquette (hauteur 1m) en 1967 par J. Dubuffet.

En 1968, Jean Dubuffet publie « Edifices », petit livre consacré aux projets de réalisation de 7 édifices, parmi lesquels on trouve la Tour aux figures dans sa version finale : ce n’est plus une sculpture, mais une construction qui relève de l’architecture, un immeuble de 24 mètres de haut, que l’artiste affectionnait particulièrement.

C’est pourquoi, lorsque Jack Lang, lui rendit visite en mai 1983, accompagné de Claude Mollard, il proposa la Tour aux figures en réponse au Ministre qui lui demandait lequel de ses édifices pouvait être construit à Paris. Le processus de la construction était ainsi lancé. Le choix du lieu fut difficile. Plusieurs sites furent envisagés (place d’Italie, parc de la Villette, parc de Saint-Cloud) puis abandonnés car entrainant trop de polémiques. Celles-ci eurent pour mérite de susciter les candidatures des collectivités locales réclamant la Tour. C’est finalement une proposition du maire d’Issy-les-Moulineaux, André Santini, qui fut retenue dans l’Ile Saint-Germain, sur un terrain à l’époque géré par un syndicat mixte (Département des Hauts-de-Seine, communes d’Issy-les-Moulineaux, de Boulogne et de Meudon) favorable à ce projet.

La Tour aux figures vue du ciel
Photo : Département des Hauts-de-Seine, Olivier Ravoire ® ADAGP

Jean Dubuffet visita le site en janvier 1985, l’approuva et recommanda que la Tour aux figures soit édifiée sur la petite butte où elle se trouve aujourd’hui.

C’est ainsi que purent démarrer les procédures administratives, les passations de marchés et de contrats, les travaux, de 1985 à 1988. Bien que Jean Dubuffet décède courant 1985, la Tour aux figures existe telle qu’il l’a prévue, conforme à sa conception d’origine, sur un site qu’il a aimé.

La Tour aux figures constitue la première commande publique faite à l’artiste par l’Etat français en 1983. C’est aussi la projection dans l’espace réel des figures qui ont parcouru toute l’œuvre de Jean Dubuffet.

Les dates clés

  • 1967

    Conception de la maquette de la Tour aux figures par Jean Dubuffet

  • 1983

    Commande passée par l’Etat (Centre national des arts plastiques) à Jean Dubuffet

  • 1985-1988

    Construction de la Tour aux figures

  • 1988

    Inauguration de la Tour aux figures

  • 1992

    Inscription aux monuments historiques

  • 2008

    Classement au titre des monuments historiques

  • 2015

    Cession de l’Etat au Département des Hauts-de-Seine


Une tour de béton et d'acier

L'œuvre a été réalisée en béton armé, poutres métalliques, résine époxy, peinture polyuréthane mate et carton armé.

A l'extérieur, la Tour est constituée de 90 panneaux moulés en résine époxy, fabriqués en usine, peints, puis assemblés entre eux par collage et fixés à une ossature secondaire en tube.
A l'intérieur, elle est formée d'un chemin ascendant, coupé de paliers, de rampes, marches d'escalier, qui conduit de la base de la Tour à une grande et haute salle au sommet. Les parois sinueuses dans leur hauteur et développement, ainsi que le sol et les plafonds sont blancs et délimités en aires variables par des tracés noirs. 

La surface du conditionnement intérieur est intitulé le « Gastrovolve ». Les différents niveaux sont constitués en béton armé. Les murs intérieurs, plafonds et sols sont constitués par un voile de plâtre projeté selon les circonvolutions formes et volumes imaginés par Jean Dubuffet, et ont reçu ensuite les tracés à la peinture noire sur fond blanc conçus par l'artiste.
Le noyau central, appareil interne arborescent du Gastrovolve, constitue la colonne vertébrale de l'œuvre.

La Tour aux figures, c'est :

  • 10 000 m2 de tissus de verre
  • 10 t de résine époxy
  • 25 t d'armatures métalliques
  • 350 m3 de béton
  • 70 t de plâtre projeté

Photo : Département des Hauts-de-Seine, Jean-Luc Dolmaire ® ADAGP


Visite d'une œuvre utopique : le dehors et le dedans

 

A L'extérieur

Sur cet « épiderme » polychrome, des tracés s'imbriquent les uns dans les autres et donnent naissance à des corps et visages, figures « humaines ou non ». Sur la face sud, apparaît ainsi celle d'une femme en pied. Sur la face nord, deux têtes se superposent. Ailleurs, les formes composent d'autres figures qui surgissent au gré du cheminement et de l'imagination du spectateur.

A l'intérieur

La structure interne, assez large, est une longue montée qui s'épanouit par endroit en petites esplanades plus ou moins planes. Intitulée par l'artiste le « Gastrovolve », elle évoque la rotation, l'intimité viscérale d'un organisme. Ses parois peintes de tracés noirs sur fond blanc se découvrent par fragments, le visiteur marche sur le sol peint, gravit ou redescend quelques marches, sans jamais en voir la totalité.
L'artiste propose ici une promenade étonnante, il veut tenir le regard et l'esprit en éveil avec des bosselages et des tracés noirs sur fond blanc. Dans cet édifice sans fenêtre, la montée longue de 117 mètres évoque une promenade en montagne, coupée de paliers, de rampes qui conduisent sinueusement à une haute salle située au sommet.

L'usager de cette demeure, à défaut d'autre luxe, y jouira d'une exceptionnelle profusion d'espace où se déplacer librement sans portes à passer. Avec le plaisir d'un habitat grimpant comme celui d'un mouflon. Jean Dubuffet

 


La rénovation de l’édifice

Figure de proue du département, cette œuvre exceptionnelle symbolise l'entrée dans la vallée de la culture des Hauts-de-Seine.

Cette œuvre emblématique de l'art contemporain marque l'entrée dans la vallée de la culture les Hauts-de-Seine. Le Conseil départemental a proposé à l'État d'en assurer la sauvegarde, en contrepartie d'un transfert de propriété. La cession en 2015 d'un monument à la fois classé et œuvre d'art, constitue un événement rare.

La restauration de la tour par le Département des Hauts-de-Seine doit s'achever fin 2019. Menée en concertation étroite avec la Fondation Dubuffet elle sera menée sous l'égide d'un architecte en chef des monuments historiques.

La restauration concerne :

  • la peinture de l'extérieur
  • le traitement du socle (étanchéité et revêtement du sol)
  • la réfection de l'éclairage extérieur pour une mise en lumière nocturne
  • l'aménagement des abords paysagers
  • la révision technique de l'intérieur de la tour en vue de la rouvrir au public

Appel au mécénat

Les entreprises peuvent participer à la rénovation de cette œuvre unique en s'associant au Département des Hauts-de-Seine sous forme de mécénat financier, en nature ou en compétences.

Pour tout renseignement, consultez le site mecenat.hauts-de-seine.fr